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Voyous

Les voyous (raskol) sont des bandes de jeunes hommes qui exercent leur activité criminelle dans les villes de plusieurs archipels en Océanie. Ainsi, à Port Moresby en Papouasie Nouvelle-Guinée, ces bandes remontent aux années 1960, quand de jeunes migrants venus faire fortune dans la capitale se retrouvèrent sans travail et sans moyens de subsistance. Après s’être acoquinés à d’autres jeunes dans la même situation, ils ont commencé à faire de l’intimidation et à commettre des actes de vandalisme ainsi que de petits larcins.

Après 1968, suite à l’adjonction de nouveaux membres plus instruits et issus d’un milieu mieux nanti, l’organisation des bandes s’est complexifiée et les voyous ont commencé à commettre des délits plus graves. Une véritable sous-culture s’est même développée chez ces jeunes. Depuis 1975, les bandes sont encore mieux intégrées. Leurs activités criminelles englobent à présent les vols avec effraction dans les maisons et les commerces, le racket de la protection, le vol de voitures à grande échelle, le trafic de pièces d’automobiles ainsi que le trafic de drogue. Depuis qu’ils possèdent des armes à feu, leurs crimes sont devenus plus violents : voies de fait, embuscades sur les routes, viols collectifs et meurtres. En fait, ils sont en passe de devenir une véritable mafia. Apparemment le crime paie, puisque la police semble impuissante à enrayer la criminalité grandissante.

Au contraire des réseaux wantok, les bandes de voyous forment un des rares groupes sociaux qui ne soient pas fondés sur la parenté (parents) ou l’ethnicité. À l’instar de l’armée, ils forment une des seules organisations multiethniques viables. Par ailleurs, leurs bandes ne sont pas formées sur le même modèle que les groupes criminels des pays industrialisés. Les liens entre le leader et sa bande s’apparentent à ceux qui existent, chez les indigènes, entre un Grand Homme (chef) et les membres de sa parenté. Tout comme le Grand-Homme, le chef de bande doit être entreprenant et se montrer très généreux envers ses associés et leur famille, ainsi qu’avec les membres de la communauté à laquelle ils appartiennent. Le butin est distribué rapidement et les profits sont utilisés pour se procurer de grandes quantités de bière, qu’on consomme immédiatement ou qu’on donne en cadeau.

Ce mouvement de jeunes ne s’explique pas seulement par le chômage, la pauvreté et l’absence de mobilité sociale, justifications habituelles de la délinquance juvénile. On peut interpréter l’organisation des voyous comme la manifestation d’un système de valeurs traditionnel. On pourrait même dire qu’elle est un prolongement en milieu urbain d’une économie de dons et d'échanges, entretenue par le vol et les effractions (le type d’économie qu’on associe aux sociétés mélanésiennes précapitalistes). Cette nouvelle économie de dons tend à cimenter les liens entre les gens vivant dans un milieu urbain multiethnique. Particulièrement en Papouasie Nouvelle-Guinée et en Nouvelle-Zélande, l’économie de dons de type criminel est une économie « perversement intégrante ».

Jean-Marc Philibert, 2000