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Villes

 Quartier chinois
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Quartier chinois
Les villes d’Océanie constituent un creuset dans lequel une culture spécifique s’élabore à partir des ingrédients suivants : migrants de divers groupes ethniques, utilisation du pidgin (en Mélanésie) comme langue véhiculaire; influence de la culture populaire occidentale; impact du commerce régional et du système économique dans le processus de mondialisation; « kastom » – une culture néo-traditionnelle qui devient uniforme dans l’ensemble du pays –; système d’enseignement; modernisation du rôle de l’État; naissance de classes sociales basées sur le pouvoir politico-bureaucratique; et, enfin, problèmes de chômage, d'hébergement et de santé publique liés à la vie quotidienne. Cette culture urbaine constitue la plate-forme sur laquelle se construit la culture nationale, dans ces États nés il y a à peine trente ans lorsque a pris fin la période des gouvernements coloniaux.

On a souligné le désordre administratif qui règne dans les villes. Jusqu’à présent, les cultures urbaines se sont développées dans un milieu où tout peut devenir un sujet de rivalités et de conflits – aucun groupe social n’ayant encore réussi à s’imposer culturellement d’une manière qui pourrait apporter un semblant d’ordre dans les villes. Port Moresby est l’une de ces capitales où sévissent particulièrement des tensions et où un certain nombre de stratégies – groupes d’autodéfense, réseautage, etc. – ont été mises au point en guise de protection contre la violence et les rivalités interethniques.

De fait, il n’y a pas encore de tradition locale d’urbanisation dans le Pacifique où toutes les villes sont apparues pendant la période coloniale. Certaines sont même très récentes : par exemple, Honiara, la capitale des Salomons n’a qu’une cinquantaine d’années. À l’exception des grandes métropoles urbaines telles que Honolulu (Hawaii) , Nouméa (Nouvelle-Calédonie), Port Moresby (Papouasie Nouvelle-Guinée) et celles de Nouvelle-Zélande, les villes du Pacifique sont de tailles moyennes et gardent encore leurs cachets de villes coloniales.

Les capitales se situent sur les côtes et ont rempli dès le début de leur histoire une fonction triple. Tout d’abord, elles furent les sièges des gouvernements coloniaux et donc les lieux offrant les services administratifs. Elles servirent aussi de ports, donc de points de transit des marchandises imports-exports, mais aussi de portes d’entrée et de sortie du pays. Finalement, dans les pays où des régimes de plantations ou d’exploitation minière ont fait l’objet de recrutement de main d’œuvre à l’échelle nationale, les capitales ont été bien souvent des plaques tournantes pour la main d’œuvre ouvrière.

Les villes du Pacifique partagent plusieurs caractéristiques. Étant des villes coloniales, l’infrastructure et l’aménagement urbain reflètent cette histoire. De plus, les relations sociales entre les populations locales et les expatriés coloniaux ont été très hiérarchisées et limitées bien souvent à des rapports d’employés à employeurs. Enfin, puisque les villes offraient très peu de perspectives d’emplois stables à une main d’œuvre non qualifiée, elles demeurèrent longtemps des zones de transit plutôt que des zones de résidence. L’impact culturel et social des populations locales sur les villes ne se fit sentir que progressivement. Il résulta de l’augmentation du niveau d’éducation, de l’envol démographique et du développement de l’infrastructure qui caractérisa le dernier quart du vingtième siècle, associé dans certains cas à la décolonisation.

De nos jours, environ 20 % de la population du Pacifique vit en milieu urbain. La population est très jeune puisque environ 50% des citadins ont moins de vingt ans. Mais en dépit de leurs tailles réduites et de leur histoire récentes les villes du Pacifique sont des milieux sociaux culturels complexes. Des influences diverses, produites localement ou importées, s'y mêlent pour donner naissance à un milieu qui a gardé bien des valeurs du village, mais qui a ses caractéristiques sociales propres. Les traits les plus saillants sont le développement d’une élite sociale éduquée qui sert souvent de pont culturel; le développement d’une culture populaire urbaine dont l’influence s’étend aux zones rurales; une jeunesse (masta liu) souvent désabusée, déçue par un système d’éducation et une économie de marché qui les laissent pour compte, et dans certains cas les mènent à la délinquance (voyous). Ajoutons le développement d’une pauvreté urbaine; un lien social et familial encore étroit entre les citadins et leurs parents restés dans les villages; un système d’aides et d’échanges obligatoires qui prennent la forme de prestations financières (envois) ou de prestations de services entre les citadins et les villageois.

En Polynésie, dont de nombreux insulaires ont émigré en Nouvelle-Zélande ou sur la côte ouest des États-Unis, ces envois d’argent par les expatriés à ceux de leurs familles restés au pays sont particulièrement notables. Mais c’est en Mélanésie que la complexité socio-culturelle est la plus grande puisqu’elle est augmentée par la diversité des groupes ethniques et la complexité linguistique (800 langues en Papouasie Nouvelle-Guinée; 64 aux îles Salomon et 115 à Vanuatu). Les capitales mélanésiennes sont de véritables tours de Babel, rendant possible la présence d’un pidgin qui sert de langue de communication courante. Par ailleurs les villes sont aussi des creusets culturels intenses et des lieux où les changements sociaux sont les plus manifestes.

Christine Jourdan et Jean-Marc Philibert, 2001

«La Plaza»
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