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 Prêtres

 Éventail
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Éventail avec manche sculpté en tiki
Le prêtre, « homme de prière » ou « bouche tabou » dans les langues lauïques du nord de Malaita, occupe une place essentielle en Océanie, du moins dans les sociétés organisées selon une hiérarchie de titres, de rangs et de chefs. Articulant le visible à l'invisible, médiateur entre le passé et le présent, il tâche d'assurer un futur propice pour les siens. Détenteur de mana, sa désignation en langue lauïque indique bien qu’il est le seul à posséder la compétence requise pour s’adresser aux esprits : les prières sortent d’une bouche tabou, que les autres ne peuvent toucher et qui ne doit manger que des aliments consacrés.

En Océanie, principalement dans les sociétés de langues et cultures austronésiennes, on distingue divers statuts sacerdotaux en fonction des hiérarchies locales. Le grand prêtre officie au nom de tout le clan, tandis que le simple prêtre (par exemple, un chef de lignée) n’officie que pour sa parentèle. Le chef de famille peut également faire des offrandes spécifiques ou prier pour le bien-être de sa maisonnée. Même si le titre est généralement transmis par lignée généalogique, l’accès aux fonctions de grand prêtre suppose néanmoins une formation longue et souvent ardue dans la connaissance des rituels, de la mythologie et des généalogies.

Dans certains cas, un chef peut cumuler la fonction de prêtre et inversement. Exceptionnellement, on trouve des femmes prêtresses, par exemple, chez les Maoris. Dans le monde visible comme dans l'invisible, entre lesquels le prêtre sert de médium, le pouvoir appartient aux personnages importants. Encore incarnés ou dorénavant désincarnés, ils possèdent du mana et peuvent en faire profiter leur parenté. Cependant, les célébrités invisibles (premiers ancêtres ou chefs illustres qui ont accompli des exploits remarquables durant leur vie) réglementent la distribution du mana avec plus d’autorité que leurs descendants encore visibles.

Mais ces esprits, le prêtre doit les maintenir « vivants » dans leur invisibilité. Il le fait en récitant ou chantant leur nom (à voix basse, la plupart du temps), au début de chaque rituel. Il doit leur annoncer son acte et leur expliquer pourquoi il l'accomplit. S'il ne remplit pas cette tâche adéquatement, il offensera les êtres invisibles qui le châtieront en le faisant mourir à brève échéance et en amenant des calamités sur le clan. Les esprits vivent donc dans la mémoire des prêtres et leur existence dépend de la capacité de l'officiant à se souvenir d’eux en les nommant. Par la même occasion on s'assure de leur bienveillance à l'égard des humaines. Les oublie-t-il, ils deviennent malfaisants. Mais, si les malheurs qu’ils infligeront pour se venger de cette amnésie ne les rétablissent pas dans la mémoire des vivants, leur restaurant ainsi leur place dans le panthéon local, leur anéantissement irrémédiable s'ensuivra.

En plus de devoir maintenir « en vie » les esprits du clan, le prêtre exerce différentes fonctions, qu’il remplit généralement contre rémunération : accomplir correctement et fidèlement les rituels prescrits par les cycles cérémoniels ou organisés à la suite de rêves ou de présages; pratiquer (ou aider à pratiquer) la divination; faire office de guérisseur, promulguer les tabous; réconcilier les membres du clan qu’oppose un conflit ou un litige; entendre la confession d’une personne qui s’est mal conduite et qui a provoqué un tel désordre social qu'elle en mourra, et offrir, au nom de ce « coupable », des sacrifices de propitiation; etc.

Dans la plupart des sociétés océaniennes, la prêtrise se transmet selon une lignée généalogique stricte. On a vu, cependant à Malaita, un chef décider de créer un nouveau poste sacerdotal et de l'attribuer à un homme hors lignée. Cela, à cause d'une croissance démographique du clan si considérable qu’un seul officiant ne pouvait suffire à la tâche de sacrifier la centaine de cochons requis dans les rituels.

Les missionnaires ont évidemment introduit leurs types de sacerdoce, que les Océaniens ont interprétés en rapport avec leurs propres conceptions de la prêtrise. Les catégories de catéchumènes, diacres, prêtres, évêques, et autres, correspondent plus ou moins, selon les sociétés, aux structures hiérarchiques de chacune. Cooptant des indigènes, les Églises les forment pour évangéliser les villages. À mesure que s'éteignent sans successeurs leurs prêtres traditionnels, les Océaniens n'ont guère d'autre ressource que la conversion aux religions importées pour rester en contact avec l'au-delà et les pouvoirs qu'on attribue à ses effectifs invisibles.

Pierre Maranda, 2000

Flotte de Thaiti
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Flotte de Thaiti

Coiffe de prêtre
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Coiffe de prêtre