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Migrants

L'Océanie a toujours connu des migrations. Les unes provenant de fort loin lors des premières vagues de peuplement du Pacifique, les autres, de groupes se déplaçant seulement de quelques centaines ou de quelques dizaines de kilomètres. S'ils arrivaient – généralement en petit nombre – dans un lieu déjà peuplé, les migrants y trouvaient une hospitalité qui pouvait assez facilement aboutir à leur assimilation. Des formes d'adoption de la part de la société d'accueil, des prestations de services fournis en retour par les nouveaux arrivants, tout cela constituait un système d'échanges dont on s'accommodait fort bien de part et d'autre. De tels modes d'intégration ont prévalu couramment dans toute l'Océanie au niveau des villages.

Cependant, la migration vers les villes s'avère beaucoup plus problématique et provoque des bouleversements de toutes sortes. En effet, les migrants proviennent généralement de divers groupes ethniques entre lesquels la bonne entente ne règne pas toujours. Conflits et tensions peuvent en résulter. Les migrants cherchent donc à se regrouper entre eux selon leurs origines, ce qui souvent crée des ghettos. D'abord en quête d'hébergement et de moyens de subsistance, ils doivent chercher de l'emploi, et se rabattent sur leurs wantoks pour y parvenir.

Certains migrants ont la possibilité d’ériger des constructions qui permettent tant bien que mal de soutenir et de perpétuer leurs valeurs et leurs pratiques culturelles. D'autres, par contre, éprouvent de grandes difficultés à s’adapter à des structures qui compliquent l’intégration à leur nouveau milieu. Par exemple, les Micronésiens de l’atoll de Pollap qui émigrent dans la capitale de l’État de Chuuk, sur l’île Weno, sont confrontés à une réalité très différente de leur milieu d’origine. À Pollap, les maisons, construites en chaume dans le style traditionnel, symbolisent à la fois l’autosuffisance, un lien direct avec la terre et des rapports coopératifs entre parents. À Weno, par contre, les maisons des Pollapiens, construites avec des matériaux importés, vont de la petite cabane grossière à la maison bien équipée – une différentiation sociale liée à l’emploi et non aux principes traditionnels de parenté, de sexe et d’âge. Ainsi, ceux qui jouissent du prestige d’une maison plus somptueuse ne sont pas les aînés mais les jeunes insulaires instruits qui, grâce à leurs emplois, ont directement accès à l’argent (monnaie). On a donc là une démarcation profonde par rapport au milieu familier dont proviennent les villageois car, au village, la maison a toujours fondamentalement représenté un univers socio-culturel définissant l'identité collective et personnelle (moi) selon une tradition qui n'avait rien à voir avec le succès financier.

Nombreux sont les migrants à faibles revenus qui ne peuvent construire leur propre maison. Leur choix se limite donc aux logements disponibles, ce qui cause des difficultés lorsque les constructions sont conçues pour des ménages ayant des caractéristiques et des priorités sociales différentes de celles des migrants. Les familles océaniennes sont souvent plus nombreuses et plus souples que les familles européennes. Dans bien des cas, une maison construite à la mode des Blancs pour une famille de quatre ou cinq personnes ne conviendra pas à une famille océanienne, en particulier lorsque celle-ci doit loger des invités et accueillir un grand nombre d'hôtes à l’occasion de manifestations culturelles importantes. L’une des solutions à ce problème consiste à utiliser l’espace de façon originale. Ainsi, en Nouvelle-Zélande, les Samoans ont transformé des garages en logements temporaires pour les jeunes hommes, en lieux de réunion (maisons de rencontre) pour les conseils de village et les chefs, en églises pour les congrégations nouvellement formées, en centres de collecte de fonds, en salles de cours pour la rétention de la langue, en studios d’enregistrement pour un nouveau genre de musique créé par les migrants, etc. Cette utilisation polyvalente de l’espace permet de perpétuer les traditions dans le nouveau milieu.

Les familles de migrants obligées de vivre dans les tours d’habitation des villes telles Auckland, Honolulu, etc., font face à des problèmes particuliers. Dans les villages la vie communautaire facilite une observation permanente des comportements et favorise, grâce à la coopération, le partage des responsabilités en matière de socialisation. En contraste, dans les petits appartements fermés, les parents doivent assumer seuls la supervision des enfants, une tâche bien souvent dévolue à des mères célibataires mal préparées à élever leur progéniture sans le soutien d’autres adultes.

Jan Rensel, 2000


Bateau en partance
ombre
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