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Marchés

 Marché de Malu'u
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Marché de Malu'u
Toutes les sociétés humaines pratiquent le commerce et les échanges. Même les populations autosuffisantes, qui ne dépendent de personne pour satisfaire leurs besoins fondamentaux ou qui possèdent un système de subsistance autonome, établissent des relations avec leurs voisins et effectuent des échanges avec eux.

Les sociétés océaniennes ne font pas exception. Marins habiles, les insulaires ont pratiqué avec compétence et depuis des siècles l’exportation et l’importation. Ils ont échangé divers produits entre îles et même archipels. Ainsi on se procurait par réseaux souvent très étendus d'échange ou d'achat, le silex, l’ébène, les cauris et autres produits provenant de sources non directement accessibles. Quant aux populations de l’intérieur, elles ont établi depuis longtemps des routes commerciales à travers les montagnes.

Le trafic principal s’effectue cependant sur les marchés locaux, qui constituent la plupart du temps des lieux de synergie entre gens de l’intérieur et gens de la côte. Les premiers apportent des fruits, du tabac, des légumes et autres produits de la terre aux pêcheurs en échange de poissons et de fruits de mer. On pratique plus ou moins des prix fixes, mais le troc existe aussi. Par exemple, un taux de change fixé au départ à cinq ignames pour un poisson de 1 kg pourra passer, à la fin du marché, à six ou sept ignames pour le même poisson ou, à l’inverse, à un poisson de 2 kg pour cinq ignames, selon l’offre et la demande. De même, si cinq ignames coûtent habituellement dix dents de dauphin ou de chien, le prix pourra monter ou baisser.

Dans de nombreux marchés, on traite d’abord avec les partenaires réguliers. On conclura donc les transactions avec les parents par alliance ou avec les amis avant d’en entreprendre d’autres. Dans plusieurs sociétés, les femmes contrôlent cette économie : elles imposent leurs priorités, conformément ou non aux désirs de leurs hommes (mari, père ou frère). Ainsi, un mari pourra demander à sa femme de vendre son poisson contre de l’argent sonnant (monnaie) si le couple a besoin de participer prochainement à une contribution matrimoniale ; mais la femme pourra avoir autre chose en tête et échanger simplement le poisson contre du tabac, des noix d’arec (bétel) ou d’autres produits. Chez les Lau du nord de Malaita (îles Salomon), le rituel d’initiation des jeunes femmes leur confère le pouvoir de gérer ce type d’opération et d’agir en médiatrices entre la terre et la mer.

La synergie entre les montagnards et les riverains prend la forme, dans certains cas, d’un système économique sophistiqué basé sur la collaboration. Ainsi, aucun des deux groupes ne cherchera à presser ses avantages et à tirer profit d’une position économique supérieure. Si, par exemple, un champignon infeste les jardins des montagnards, les côtiers feront preuve de compassion et réduiront le prix du poisson. De même, si une longue période de deuil ou de mauvais temps a empêché les côtiers de pêcher, les producteurs de fruits et de légumes leur viendront en aide en abaissant leurs prix. Les gens qui pourraient élever tous les cochons dont ils ont besoin éviteront de le faire : ils préfèrent en acheter de leurs voisins pour perpétuer leur dépendance à leur égard. On maintient ainsi un délicat équilibre qui renforce les rapports harmonieux entre les groupes.

Pierre Maranda, 2000

Marché traditionnel
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