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Jardins

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Jardins
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Les jardins constituent le plus souvent des satellites, parfois contigus aux hameaux ou villages, mais fréquemment assez éloignés d'eux. À une heure ou plus de marche des agglomérations, leurs emplacements varient en fonction des règles d'occupation du sol. La propriété et la gestion des terres (une question qui regarde le clan tout entier) ressortit au chef. À titre d’intendant des ressources collectives, il réglemente la répartition des parcelles ainsi que les questions connexes. Des ententes basées sur l'échange entre clans (voire entre groupes ethniques) feront que les uns pourront accorder l'usufruit d'une partie de leur territoire à d'autres qui n’y auraient pas normalement droit et leur permettre de les exploiter durant des générations. Cependant, il arrive que de telles ententes dégénèrent en contestations territoriales – surtout suite aux cadastres imposés par les gouvernements coloniaux – et déclenchent parfois des conflits armés.

Les jardins taillent des espaces domestiqués dans la brousse ou la jungle. On s'approprie et s'assujettit ainsi des enclaves dans le milieu sauvage, plein de mystère et peuplé de fantômes, d'esprits et d’entités dangereuses. Pour ce faire, on les défriche, bien sûr, mais aussi on les clôture tout autant contre les esprits redoutables que contre les cochons et autres animaux. En outre, on protège les jardins par un sanctuaire dédié aux esprits du clan ou du lignage. Le jardinier, tenant le rôle de prêtre, y accomplit des rites destinés à obtenir une bonne récolte. On place des sculptures représentant des esprits protecteurs de haut rang aux angles et devant les portes des imposantes palissades entourant les jardins rituels.

Les jardins occupent d'habitude une superficie suffisante pour assurer la subsistance d'une famille étendue. On les divise en lopins par des rondins posés à plat sur le sol. À proximité, les hommes construisent souvent des abris servant de dortoirs au moment des semailles et de la moisson, et de poste de guet pour surveiller les récoltes sur pied. Les femmes n’ayant pas accès aux jardins rituels, tout le travail y relève des hommes. En corollaire, seules les femmes peuvent cultiver les parcelles démarquées comme féminines. Dans tous les autres cas, les hommes et les femmes se répartissent les tâches. Les hommes effectuent le gros travail : défrichement, construction du système d’irrigation (parfois très perfectionné), brûlage des arbres abattus et gestion des autres débris (on utilise les cendres comme engrais). Après quoi reviennent aux femmes la semence, le désherbage et l'entretien du jardin. Les hommes et les femmes prennent part à la récolte là où des tabous masculins ou féminins ne l'interdisent pas. La plupart des gens considèrent le jardinage comme une activité sociale agréable. De fait, parents et amis (groupes d'hommes et groupes de femmes en alternance) travaillent de concert, en plaisantant et bavardant, tour à tour dans les jardins des uns et des autres. Les couples profitent aussi de ces activités : ils savent s'isoler près d'une cascade ou d'un cours d'eau pour jouir de relations intimes.

Les Océaniens cultivent surtout des fruits et des légumes. Mentionnons, entre autres fruits : la banane (Musa sapientum), l’ananas (Ananas comosus), la papaye (Carica papaya), certains agrumes (comme le Citrus aurantifolia), la noix de coco (Cocos nucifera), la noix de canarium (Canarium indicum), la noix d'aréquier (Areca catechu) et le fruit de l’arbre à pain (Artocarpus altilis). Parmi les légumes, la patate douce (Ipomea batatas) constitue la denrée de consommation courante la plus importante. L’igname (Diascoria esculenta) et le taro (Colocasia esculenta) la devancent toutefois au plan des préférences alimentaires et de l’utilisation rituelle; ils commandent donc sur les marchés des prix (ou taux d'échange) plus élevés. On cultive également la banane plantain (Musa paradisiaca), le manioc (Manihot esculenta), la canne à sucre (Saccharum officinarum), le poivrier (Piper methysticum) qui sert à la fabrication du kava et du bétel, ainsi que le pandanus (Pandanus compressus) pour la vannerie (contenants) et le mûrier (Broussonnetia papyrifera) pour la fabrication du tapa.

Pierre Maranda, 2000

Jardins de patates
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Jardins de patates douces

Jardins d'ignames
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Jardins d'ignames