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Chef
 Chef de Samoa
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Chef de Samoa

En Océanie, le chef se distingue du leader par un plus grand degré d'institutionnalisation et, parfois, d'emprise politique. On trouve différentes sortes de chefferies dans ce continent. En fait, on y repère à peu près tous les modes d'autorité et de systèmes de contrôle qui existent ailleurs dans les sociétés humaines. Ainsi, on y voit des monarchies comme à Tonga et Samoa, des chefferies transmises héréditairement aussi bien que des « sénats » d'aînés et des self-made leaders ou Big Men dont l'autorité provient de l'adhésion de « clientèles ». On exprime souvent la stature de chef dans une architecture spécifique, celle de la maison de chef, ainsi que par des vêtements et parures particulières telles les célèbres capes de plumes à Hawaii.

On ne saurait établir une correspondance stricte entre les types de régimes politiques de l'Océanie et sa division tripartite due aux Occidentaux. En effet, ces régimes recoupent transversalement la Polynésie, la Micronésie et la Mélanésie - comme, d'ailleurs, les recoupent d'autres vecteurs tels la maison, les ancêtres, etc. Toutefois la Polynésie et les îles Fidji se démarquent par des systèmes monarchiques : des « rois » gouvernent leurs sujets respectifs, parfois peu nombreux puisque plusieurs royaumes peuvent se répartir un même archipel. Les monarques les plus célèbres, à Hawaii et à Samoa, ont retenu l'attention parce que, incarnations de la divinité, comme en Égypte Ancienne, ils pratiquaient eux aussi l'inceste royal. En effet, seuls des consanguins (famille) de nature divine pouvaient s'unir (mariage) pour procréer; car toute mésalliance aurait causé une déperdition par déchéance généalogique - nous dirions, de nos jours, une déchéance « génétique ». Un dieu ne peut en épouser qu'un autre. Des reines ont aussi régné à Hawaii et à Samoa, et cela sur des terres étendues et parfois des îles entières. La longue histoire des souveraines à Hawaii documente l'importance du pouvoir féminin. Et à Samoa une femme, Salamasina (1500 ap J.-C.) cumula les quatre titres (moi) les plus importants pour gouverner les quatre plus grands districts traditionnels.

Les gouvernements par chefferies héréditaires, répandues en Polynésie et en Micronésie, se rencontrent aussi en Mélanésie, où ils coexistent avec ceux des Big Men. Dans le cas des premiers, les fils aînés succèdent normalement et sans conteste à leurs pères; la généalogie (parents) définissant les règles de transmission de l'autorité. Quant aux Big Men, généralement des « entrepreneurs » qu'on caractériserait plutôt comme leaders, ils construisent leur « clientèle » au moyen d'initiatives de capitalisation. Un peu à la manière des politiciens des démocraties occidentales, ils y obtiennent le soutien d'une partie de la population locale au moyen d'obligations et d'échanges de monnaies, cochons et autres surplus. Et, encore comme les politiciens des républiques occidentales, ils pourront déchoir s'ils ne réussissent pas à maintenir leur statut en continuant de faire profiter leurs communautés de conditions de vie appréciables.

Les chefferies de la Micronésie présentent des ressemblances avec celles de la Polynésie et de la Mélanésie. Des chefferies fermement stratifiées font en sorte que des personnes titrées selon une transmission matrilinéaire (comme aux Samoa) exercent l'autorité sur des districts, voire sur des fédérations dans certains archipels. De même que dans le cas des chefferies héréditaires mélanésiennes et polynésiennes, les détenteurs de l'autorité doivent maintenir leur prestige, faute de quoi ils devront céder leur place à un cadet mieux doué.

Par ailleurs, dans d'autres archipels de Micronésie (aux Gilbert, par exemple), le pouvoir politique repose sur un conseil d'anciens, sorte de « sénat » qui régit les affaires courantes, au cours de sessions dans des maisons des hommes ou dans des maisons de rencontre.

Les gouvernements coloniaux ont introduit des modifications apparemment importantes mais souvent superficielles au régime des chefferies. En imposant des headmen aux sociétés qu'elles contrôlaient, les administrations européennes ont voulu non pas tant affermir une délégation de pouvoir qu'assurer l'implémentation au niveau des villages, des directives et des lois qu'elles édictaient. Cooptant souvent les rois, chefs héréditaires ou Big Men selon le cas, les puissances coloniales instaurèrent en outre des élections voulant par là répercuter le mode « démocratique » de leur gouvernement.

Pierre Maranda, 2001


Statue de chef
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Statue de chef
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Canne de chef
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Canne de chef
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Hache ostentoir
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Hache ostentoir