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Calao

 Arme
ombre
Bâton de danse
Objet 2D [209 Ko]
Les Lau connaissent bien le calao papou (Aceros plicatus), un membre de la famille des bucérotidés qu’on trouve aux îles Salomon, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans l’archipel Bismark et aux Moluques. Le calao est un gros oiseau noir qui peut mesurer jusqu’à 1,5 m de long. Il se distingue par son énorme bec et son vol bruyant.

Les Lau chassent le calao pour son plumage, qu’ils utilisent dans leurs cérémonies rituelles avec celles du cacatoès blanc (que les Lau disent le plus intelligent de tous les oiseaux). Les plumes de ces oiseaux servent à décorer la proue dressée des grandes barques de cérémonie incrustées de disques de mollusques (conus), que chaque clan construit tous les vingt ans environ. Les danseurs utilisent aussi les plumes de calao pour décorer leurs chevelures crépues lors des danses cérémonielles. Même si le calao prédomine dans les effigies de bâtons de danse, certaines représentent aussi d'autres espèces d'oiseaux ou d'autres animaux tels langoustes, serpents et poissons.

Le calao joue un rôle important dans le symbolisme de Malaita et d’autres régions du Pacifique. Ainsi, chez les Baruya de Papouasie-Nouvelle-Guinée, le bec du calao, qui fait saillie sur la coiffure de cérémonie, représente le pénis. Même si le calao n’est pas un esprit, certains Lau disent de lui qu’il « veille sur les humains ».

L’oiseau sert aussi de modèle existentiel et ce, pour trois raisons. D’abord, il s’entend bien avec les autres espèces d'oiseaux, ce qui en fait un modèle de comportement social entre clans et entre groupes ethniques. Ensuite, la stabilité des rapports entre le mâle et la femelle constitue un exemple de mariage serein. On dit en effet du calao qu’il s’accouple pour la vie ; le mâle et la femelle volent toujours de concert. Si l’un des deux meurt, l’autre plane au-dessus du cadavre pendant un certain temps avant de chercher un autre compagnon ou une autre compagne. Enfin, autre retombée du modèle, la femme lau qui attend un enfant se comporte de la même façon que la femelle du calao qui couve ses œufs. Voyons comment.

Pendant toute la période d’incubation, la femelle reste dans le tronc d’arbre creux qui lui sert de nid. Elle s’y mure avec l’aide du mâle en utilisant un mélange de boue, de terre et d’excréments. Le mâle la nourrit par un petit trou percé dans la paroi. Elle perd alors ses plumes. Un mois après l’éclosion, elle laisse ses petits seuls au nid et s’occupe, avec le mâle, de leur trouver de la nourriture. Chez les Lau, la femme qui vient d’accoucher « couve » en quelque sorte son bébé pendant une période d’isolement rituel de trente jours. Elle se mure dans la partie la plus tabou du quartier des femmes. Elle se rase le crâne pour ressembler à une calao qui perd ses plumes au nid. Imitant le calao mâle, le mari la nourrit par l’entremise d’une parente; il ne peut le faire lui-même car, chez les Lau, un homme mourra (comme « électrocuté ») s'il pénètre dans le quartier où se situent les maisons des femmes. Au bout de trente jours, le bébé « éclôt » en quelque sorte à la vie communautaire. Sa mère, qui le tient dans ses bras, franchit la porte du quartier des femmes et entre dans le quartier mixte. Elle reçoit aussitôt une tige de dracéna que le prêtre du village noue autour de son cou en invoquant les esprits.

Pierre Maranda 2000


Différents bâton de danse en calaos
ombre
Différents bâtons de danse en calaos
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