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Bétel

 Mortier et pilon à bétel
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Mortier et pilon à bétel
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Le mot bétel désigne à la fois un poivrier grimpant (Piper methysticum) et un masticatoire aux effets toniques et légèrement narcotiques qu’on obtient à partir de ses feuilles pilées avec d'autres ingrédients. Notons que, en Océanie, on utilise le même poivrier pour la fabrication du breuvage kava, qui remplit une fonction analogue à celle du bétel; par contre leurs aires de distribution s'excluent l'une l'autre. Les consommateurs de bétel en apprécient les bienfaits fortifiants et disent qu’en mastiquer donne bonne haleine et de belles lèvres bien rouges. Dans certaines sociétés, on attribue à la salive ainsi colorée des vertus thérapeutiques auprès des mourants et des malades.

On consomme le bétel de deux façon différentes, soit qu'on prépare le mélange en commençant par étendre, à l’aide d’une spatule, un peu de chaux sur une feuille de poivrier qu'on dépose dans un mortier. On y ajoute des morceaux de noix d’arec (Areca catechu) et quelques graines aromatiques; on pile longuement le tout dans un mortier. On porte la mixture à la bouche avec une spatule ou un bâtonnet avec lequel on tambourine, en de courtes séquences bien rythmées, sur le bord du mortier, tout en mastiquant. Autrement on croque la noix avec une bouchée de feuille de poivrier roulée et on y ajoute de la chaux au moyen d'une petite baguette.

Vu l’importance rituelle de cette consommation, on a particulièrement soigné l’ornementation de ses instruments : mortier et pilon, contenants à chaux finement ouvragés, souvent en bambou ou parfois crâne du mari pour sa veuve, avec certains de ses ossements (reliques) en guise de spatules.

La noix d’arec, transportée dans des contenants (des sacs ou des sacoches) fait aussi office de monnaie d’échange; on la cultive dans les jardins et on peut se la procurer dans les marchés. Le don de cette noix scelle des relations d’amitié sacrée ou d’amour et confirme des propositions de mariage avec la future belle-famille. Le don de la noix est aussi lié à divers rites magico-religieux tels que l’ensorcellement amoureux (une noix préalablement investie d’un charme), l’envoi de malédictions ou l’exorcisme de démons. Les humains en font l’offrande aux esprits par l'entremise des mediums et, inversement, les esprits peuvent en faire don aux humains, notamment aux veufs, durant la nuit.

Durant tous les rituels, il y a une très forte consommation de ce narcotique. Hommes, femmes et enfants en font usage, sauf en Nouvelle-Irlande où les femmes semblent s’en abstenir. Certains jeux d’enfants consistent d’ailleurs à imiter les rituels d’échange de noix pratiqués par les adultes, ce qui a pour effet de souder une relation appréciée.

Assimilant le bétel à l'alcool, des Églises, telles que les Adventistes du septième jour, en interdisent l'usage. En cela, leurs prescriptions rejoignent celles, traditionnelles, qui imposent aux hommes de s'en abstenir tant que durent des périodes de temps tabou en vue de la préparation de grands rituels.

Hélène Giguère, Pierre Maranda, 2000


Vendeurs de bétel
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Vendeurs de bétel

Noix d'aréquier
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Noix d'aréquier

Cuisson du corail
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Cuisson du corail
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