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Âmes

La plupart des Océaniens utilisent le mot « souffle » pour désigner ce que nous appelons l’« âme » (ne dit-on pas d’ailleurs, en français, « rendre le dernier soupir » ou « expirer » pour désigner la mort?). Outre cette dimension physiologique du moi, le concept d’« âme » chez les Océaniens englobe l’« esprit » et la « pensée » ainsi qu’un principe de vie qui peut subsister près du corps durant quelques jours après la mort biologique. Les gens qui entendent des sons provenant de la maison d’une personne décédée récemment diront : « Écoutez, c’est l’âme qui passe en revue les biens personnels du mort ».

Les Malaitans (îles Salomon) croient que l’être humain possède trois âmes. La première disparaît à la mort biologique, la seconde s’évanouit progressivement après les funérailles et la troisième s’envole vers le Pays des Morts une fois achevés les rites d’inhumation. Pour pouvoir être admise dans l’au-delà, cette âme devra subir avec succès un test de connaissances généalogiques. Si elle échoue, elle devra retourner dans le corps qu’elle a quitté. Le défunt ressuscite alors, mais il reste sourd et muet jusqu’à sa prochaine mort.

Dans d’autres régions de l’Océanie, le sort de l’« âme » dépend non pas de ses connaissances, mais d’un jugement moral porté sur ses réalisations. Ainsi, chez les Maoris, une vie d’honneur dans l’au-delà vient récompenser celui qui, au cours de sa vie terrestre, a été un « gagnant », tandis que la honte éternelle attend les « perdants ». Les guerriers maoris mangeaient le corps de leurs ennemis afin d’augmenter le mana de leur âme. On peut en déduire qu’ils croyaient que l’âme habitait toujours le cadavre... Et il en va de même en ce qui a trait au cannibalisme pratiqué dans certains sacrifices humains.

Ajoutons que les êtres humains ne sont pas les seuls à posséder une âme : certains animaux « réputés », comme certaines espèces d'oiseaux, les requins et les cochons, en ont également une. Ainsi, l’homme qui vend ou donne un de ses cochons conservera son « âme » pour qu’elle puisse animer un autre cochon à naître.

À Mota (Vanuatu), un être humain peut même partager une « âme » avec un autre être, voire avec un objet inanimé. Leur destin sera alors lié et, si l’animal meurt ou si l’objet se détériore, l’être humain mourra lui aussi.

Partout en Océanie, les « âmes » quittent le corps après la mort et s’envolent vers le Pays des Morts. L’« âme » peut aussi quitter le corps temporairement, notamment lors de rêves ou de transes comme chez les chamans, ou en d’autres occasions et vagabonder de ci de là.

Pierre Maranda, 2000